La légende de Bellanys & Aldurand
La légende de Bellanys & Aldurand
La légende de Bellanys & Aldurand
Cette histoire remonte à l'aube du quinzième siècle d'Oléria, dans ce qui était jadis le récent village fortifié d'Elénis. Aldurand était l'un des fervents instructeurs de la caserne locale, mais était surtout connu, à cette époque où l'épée n'avait pas encore totalement écrasé l'esprit, pour sa douceur d'âme et son affinité avec la poésie.
Il avait acquis une certaine popularité à la taverne, lorsque souvent, ivre, il entamait des joutes poétiques avec les bardes de coins. Nul ne l'égalait, surtout lorsqu'il transcrivait ses rêves en vers. Mais plus le temps passa, plus les gens se posèrent des questions. En effet, au fil de ses récits, on décela une constante. Il semblait souvent rêver d'une femme à la longue chevelure noire et aux yeux d'un bleu pur se mariant à merveille avec son teint des plus pâles. Il la décrivait tantôt vêtue d'une cape ornée d'un crâne de bête, tantôt dans une nudité masquée dans la brume, qui lui laissait deviner une silhouette fine et désirable. Il disait qu'elle avait une voix rauque qui contrastait avec tout le reste, mais qui ainsi la rendait unique, parfaite. Les gens s'étaient alors fait leur opinion sur l'homme, et ses admiratrices jalousaient même cette femme mystérieuse, qui semblait être trop parfaite pour exister. Ce n'est que le jour où le tavernier le prit à part, guidé par sa curiosité, pour lui demander s'il avait une liaison cachée, qu'Aldurand se rendit compte qu'il était, à mesure de ses rêves, tombé éperdument amoureux de ce fantasme. Il se mit alors, durant les temps à venir, à noter chaque détail alentours, lorsqu'il rêvait, espérant ainsi localiser un lieu.
Mais à son grand désarroi, elle cessa ses apparitions. L'homme attendit des jours, des mois, puis devint totalement las. C'est après une année qu'elle réapparut. Elle l'invita à la suivre, marchant dans un bois brumeux. Il la suivit, jusqu'à la lisière de la forêt, aux abords d'un lac. Elle s'avança lentement, ôta sa cape et, nue, se baigna dans le lac en murmurant son nom. Aldurand la suivit. Elle posa un regard décidé sur lui. Il se perdait dans le sien, tandis qu'il sentait ses mains douces venir le caresser, ses jambes, l'enlacer. Elle l'embrassa langoureusement, puis vint lui murmurer de la retrouver le soir suivant, à cet endroit précis. Elle recula, avant de disparaître dans l'eau. Il la chercha du regard, en vain, mais nota un détail : les lointaines lumières d'un village.
Lorsqu'il se réveilla, Aldurand se rua sur une carte du royaume. Il chercha un village situé proche d'une forêt et d'un lac. Ce ne pouvait qu'être Torémine. Il se rendit alors au lieu-dit et attendit l'approche de la nuit pour rejoindre la rive du lac. Lorsque la lune fut assez haut dans le ciel, il vit une silhouette sortir des bois. C'était elle. Il n'en croyait pas ses yeux. Il s'approcha, posa un genou à terre et lui demanda son nom. Bellanys, répondit-elle, avant d'expliquer qu'elle avait également rêvé de lui à de nombreuses reprises. Ils se firent la cour une heure durant, avant qu'elle ne l'invite à réitérer les événements de son rêve. Cependant, cette fois, lorsque, dans l'eau, l'amoureux sentit une étreinte, elle ne fut pas douce. Il regarda au travers de l'eau et remarqua qu'il était tenu par deux bras cadavériques. Ces derniers se multiplièrent. Aldurand tenta de reculer, demandant de l'aide à Bellanys qui restait stoïque à quelques centimètres. Un autre mort sortit de l'eau et tendit une lame à la femme, qui vint doucement ouvrir le buste de l'instructeur. Elle lui souriait tendrement, alors qu'il hurlait d'horreur et de douleur. Après quelques minutes, elle extirpa le cœur de ce dernier et laissa sa carcasse être traînée au fond du lac. Elle sacrifia finalement le cœur d'Aldurand à Sibuna. Le dieu de la mort apparût et accorda une faveur à la sublime femme. Bellanys lui témoigna son affection et demanda au dieu de lui rendre des sentiments aussi purs que ceux renfermés dans le cœur sacrifié. Il accepta et passa la nuit à ses côtés, avant de repartir. Quelques mois plus tard, Bellanys enfanta une fille, dotée d'une partie des pouvoirs du dieu de la mort, qu'elle nomma Creivis.